Le courrier d’un parent adressé à la Mairie

Je me permets de prendre la parole au nom d’un grand nombre de parents d’enfants de l’école Chassagne, bien attristés de constater à quel point la gestion de la fermeture de leur école continue à être désastreuse…

Nous passerons – difficilement ! – l’éponge sur tous les chapitres laborieux de cette fermeture qui, depuis 1 an et demi, sont rythmés par : une communication maladroite, voire inexistante, des réunions de dernière minute où manque d’informations, omissions et incertitudes étaient au centre des échanges, des stratégies approximatives, voire contradictoires, … Tous ces irritants relationnels sur lesquels nous ne reviendrons pas dans les détails (vous en avez déjà eu vent…), qui ont largement contribué à la crispation de toutes les victimes de la fermeture (élèves, familles, enseignants, agents municipaux, …), à l’incompréhension et au sentiment d’ignorance et d’injustice dominant.

Les familles de l’école Schuman, concernées elles-aussi par la fermeture de leur établissement, n’ont, croyez-moi, pas mieux vécu la situation (et, par ricochet sur certains plans, les familles des écoles Fabre et Grange-Bruyère, qui n’aura finalement pas les 3 classes promises, mais bien 5 classes et un préfabriqué…).

En dehors de cet amer bilan, qui est celui que tout aurait pu être différent si l’on avait pas occulté la capacité des familles à entendre et à comprendre les difficultés matérielles et démographiques, nous vous assurons que tout aurait pu être discuté, compris, accepté, si les choses avaient été davantage mieux présentées, argumentées, concertées, accompagnées – et cela n’a malheureusement pas été le cas – ; mais nous arrivons aujourd’hui à un stade où l’indignation et la colère laissent place à la consternation…

Car s’ajoutent au caractère éprouvant d’une fermeture définitive d’école, des éléments plus que questionnant, voire inappropriés.

On nous annonce il y a quelques semaines que l’école se terminera plus tôt pour nos enfants, afin d’organiser le déménagement en présence des équipes pédagogiques et que l’on nous invite donc à trouver une solution de garde pour les 3 et 4 juillet ou à utiliser la garderie mise en place pour l’occasion ; soit ! Mais pourquoi cette initiative – qui ne fait déjà pas l’unanimité… – devrait-elle être avancée au mardi 1er juillet ??? La question qui se pose apparemment désormais est la suivante : que faire des élèves sur cette journée (y compris pour Schuman) ? Au moment-même où le Ministère de l’Education Nationale envoie le 29 juin un communiqué de presse relatifs aux dispositions exceptionnelles à prendre en raison de la canicule, nous entendons en bruits de couloir que les enfants n’auraient pas accès aux locaux scolaires demain ? Qu’ils seraient, aussi petits soient-ils, confinés dans une cour à 37 degrés à l’ombre toute la journée ?? Nous espérons vivement que cette mesure ne restera qu’à l’état de rumeur, car il s’agit bien là de la santé physique de nos enfants – qui sont des êtres humains, avant de n’être que des « élèves-pions » que l’on déplace au besoin -. Leur santé mentale ayant déjà été bien malmenée durant cette année scolaire, où, pour exemple et pour mémoire, 15 enseignants se sont relayés durant l’année sur la classe de la Grande Section ! Et rappelons que l’année scolaire, dans le cadre de l’école obligatoire, prend fin nationalement vendredi 4 juillet, pas avant.
Après 50 ans d’existence, la toute dernière fête de l’école Chassagne le samedi 14 juin, n’a pas eu le privilège de bénéficier d’une quelconque visite d’élus ou de représentants de la Mairie, et encore moins d’une fenêtre communicationnelle (photo ou article sur City All ou sur le Facebook de la Mairie) ; ce qui prouve à la fois, l’absence d’intérêt de la Mairie pour ce sujet et son indifférence sur l’aspect humain de la situation, notamment dans l’accompagnement des familles dans cette épreuve. C’était pourtant une très belle et émouvante fête : dommage.
Ce lundi matin, une nouvelle surprise nous attendait sur le chemin de l’école : à 8h20, lors du dépôt des petits élèves pour leur officiel avant-dernier jour de classe, nous pouvions entendre dans les voix tremblantes « pourquoi ils cassent notre parc à jeux ???! ». Car oui, c’est bien ce qui se tramait sous nos yeux aussi humides que dépités : le square Franche-Comté était littéralement anéanti sous un flow inattendu de bulldozers enragés – mettant également à mal la sécurité des élèves rejoignant leur école en pleine heure de pointe -. La question qui nous brûle alors les lèvres est : pourquoi ? Pourquoi ajouter au trouble déjà palpable un tel spectacle de chaos à nos enfants déjà déboussolés par tant de changements ? Cette heure de ravage ne pouvait-elle pas attendre les vacances (et les 8 semaines qui les composent) et être reportée à quelques jours ?

En dehors de l’espoir d’obtenir des réponses à toutes ces questions, nous vous demandons solennellement, une dernière fois, d’adopter un angle humain pour cette ultime ligne droite pour Chassagne : considérez, svp, que les familles sont impactées par ce qui se passe, et que, même si cette école est déjà enterrée symboliquement depuis longtemps à vos yeux (preuve en est, entre autres, que la « pelouse n’[avait] plus besoin d’être tondue, vu que l’école [allait être] rasée » – propos effectivement entendus), les enfants méritent d’être accueillis convenablement, jusqu’à la fin, sans nouveau traumatisme évitable.

Au nom de tous ceux dont j’ai recueilli la détresse depuis des mois, au nom de tous les petits élèves, ignorés, dont l’année est déjà tronquée, au nom de tous les habitants du quartier qui vont sacrifier les cris et la joie de l’enfance contre les marteaux-piqueurs tout l’été, puis le silence de l’EHPAD : merci de prendre en considération, pour une fois, notre requête.

Bonne journée,

Bien cordialement,

Pour l’association Les Amis de Chassagne, pour le collectif Provinces-Chavril et pour les familles de l’école Chassagne